Témoignages

Et si on parlait des notes et de l'école... (merci dans vos souvenirs de respecter l'anonymat!)

MC D., anciennement Maître E en RASED
J’ai parcouru ma carrière uniquement dans l’enseignement spécialisé.
J’ai travaillé en IME puis en classe de perfectionnement devenue aujourd’hui CLIS et enfin en classe d’adaptation avec toutes les évolutions que cette structure a subies jusqu’à sa quasi suppression. J’ai également travaillé une année en hôpital de jour avec des enfants psychotiques et autistes.
L’évaluation était très présente dans mon travail surtout dans ma fonction de maîtresse d’adaptation. Mon travail à ce titre était de cerner ce qui faisait défaut à l’élève pour pouvoir profiter du travail de la classe et pour s’appuyer au maximum sur ses compétences et ses savoir faire afin d’éviter un décrochage trop rapide et difficilement réversible si aucune remédiation n’était rapidement apportée. Le travail de prévention dès la maternelle revêtait une importance majeure : plus tôt on agit sur la difficulté plus on a de chance d’enrayer l’échec scolaire.
L’évaluation était un outil permettant de faire un état des lieux, de définir les besoins, elle constituait une photographie à un moment donné. A ce titre, il était très important de ne pas analyser les résultats au seul regard des scores obtenus ou des réussites et des échecs. C’est pourquoi ce travail d’évaluation s’accompagnait des observations du maître ou de mes propres observations sur le comportement de l’élève lors de la passation.
Manifestait-il de l’inquiétude, ou au contraire trop d’assurance, préférait-il ne pas répondre plutôt que se tromper ou au contraire préférait-il donner une réponse même sans savoir plutôt que de laisser du vide. Essayait-il de regarder ce que faisait un voisin pour se rassurer? Dans l’idéal, lorsque les conditions l’on permit, la psychologue scolaire était présente lors de la passation en tant qu’observatrice justement pour prendre en compte ces éléments comportementaux. Malheureusement j’ai peu vécu ces contextes par manque de moyens. Nous avions à couvrir trop d’écoles et de classes pour assurer ces observations de qualité.
Les résultats de l’évaluation proposée correspondaient-ils à ce que nous avions appréhendé de l’élève dans notre travail quotidien avec lui ou pensions -nous qu’en situation d’évaluation son manque de confiance ne lui avait pas permis de donner le maximum de ses possibilités.

Les évaluations qui nous intéressaient au titre de notre travail étaient plutôt des évaluations que nous qualifions d’évaluations formatives. Leur pertinence était de nous permettre de mieux connaître l’élève, d’essayer de cerner ses compétences et ses lacunes dans divers domaines mais aussi ses difficultés afin d’apporter les remédiations nécessaires.
Ce type d’évaluation se voulait à usage interne, c'est-à-dire que les résultats n’étaient pas portés à la connaissance des parents ni donnés aux élèves mais avaient juste pour objectif de nous permettre d’apporter les meilleures aides aux élèves concernés. Il s’agissait essentiellement d’évaluations construites par des psychopédagogues et étalonnées. Certaines épreuves pouvaient se passer en petits groupes et d’autres individuellement.

J’ai aussi participé avec les maîtres des classes à des évaluations plus normatives qui avaient pour objectif de situer l’élève dans ses acquis par rapport aux acquisitions requises dans la classe d’âge à laquelle il appartenait. Ces évaluations s’apparentent davantage à des contrôles. Les résultats sont donnés aux élèves et à leurs parents et servent à situer l’élève par rapport à lui-même mais aussi par rapport aux autres et au niveau supposé à atteindre. Cette forme d’évaluation peut être très traumatisante pour l’élève qui manque d’assurance, qui est déjà installé dans l’échec et qui rencontre nombre de difficultés ne lui permettant pas de progresser et de s’approprier les connaissances évaluées.

Je ferai quelques observations générales quel que soit le type d’évaluation proposée. Il me semble important d’expliquer à l’élève individuellement ou collectivement suivant le cas ce que nous lui proposons, pourquoi nous le faisons, ce que nous attendons de lui. Il est important aussi de dédramatiser la situation d’évaluation, d’expliquer que ce qui nous importe c’est de mieux le connaître non pour sanctionner mais pour essayer au contraire de l’accompagner et de l’aider. Il est certain que cette approche est plus facile à conduire dans le premier type d’évaluation que dans le second. Si elle est bien présentée et bien conduite, beaucoup d’élèves peuvent parvenir à la vivre un peu comme un jeu ou pour le moins comme une situation différente de leur quotidien.
L’évaluation normative débouche sur une notation, sur une appréciation des connaissances plus que des compétences et peut aboutir à une sanction par la décision d’un redoublement pour niveau insuffisant. Bien sûr il devient plus difficile de dédramatiser et de rassurer l’élève.

Dans ce type d’évaluation les contextes qui m’ont été le plus pénible sont ceux où des évaluations ont été proposées à des élèves alors que nous savions qu’ils ne pourraient réussir quasiment aucun des items. S’agissant d’évaluation normative il m’apparaît très important de tenir compte du niveau de l’élève et d’adapter le contenu de l’évaluation pour lui permettre quelques réussites. Ce qui importe c’est de pouvoir s’appuyer sur les connaissances et les savoir faire plutôt que de révéler les lacunes. C’est d’autant plus important pour des élèves en grosses difficultés et manquant totalement de confiance en eux.

J’ai pu aussi observer l’importance non négligeable de celui qui procède à la passation. En effet le maître de la classe n’est pas neutre. Il travaille au quotidien avec les élèves de sa classe. Il peut lui-même ressentir un sentiment d’échec à travers les échecs de ses élèves. Certains parviennent à avoir une distance par rapport à cela d’autres non par manque de confiance en eux-mêmes. J’ai vu des maîtres se tenir derrière un élève soufflant ou manifestant de la déception en le voyant se tromper. Inutile d’imaginer les conséquences pour cet élève et la paralysie que cela peut entraîner pour lui dans la suite de son implication.

Les évaluations à un niveau institutionnel ont connu de perpétuels changements d’approches. Tantôt plébiscitées et considérées comme incontournables dans le parcours de l’élève, tantôt rejetées et condamnées comme trop traumatisantes pour les élèves en échecs. Je pense à titre personnel que les évaluations que nous avons utilisées pour mieux connaître les élèves sont utiles et peuvent être bien vécues si elles sont bien présentées à l’élève.

J’ai très mal vécu en fin de carrière les évaluations imposées à la va vite. Il s’agissait d’évaluations nationales construites dans l’urgence à des fins très mal définies sous forme de QCM. et n’offrant pas du tout la possibilité de connaître les élèves et d’apporter des analyses sérieuses permettant de construire un travail de remédiation.

Mercedes, formatrice
Situation vécue lors de notation commune entre plusieurs formateurs lors d'évaluation dans l'enseignement supérieur : malgré une grille de notation détaillée, difficulté d'arriver à un consensus avec pour fond du problème : "pour moi si c'est bon c'est 10" versus "pour moi si c'est bon c'est 16"... que faire ?

Claire, formatrice et maman de 2 filles de 5 ans1/2 et 4 ans
Auto-évaluation : L'instit de mes filles (en maternelle) a adopté une méthode que je trouve très pertinente. Les élèves font des "lignes" d'écriture, par exemple pour la lettre "m". Quand ils ont terminé, ils doivent eux-mêmes repasser (avec une couleur qu'ils aiment) les lettres les "mieux formées". L'élève met lui-même en évidence ce qui est bien écrit, plutôt que de classiquement voir ses erreurs entourées par l'enseignant.

Lise ancienne élève et étudiante en Master métier de l'enseignement et de la formation
Dans le cadre de ce master j'ai eu l'occasion de faire un stage de pratique accompagnée dans une école maternelle. J'ai encadré lors de ce stage des ateliers proposés par l'enseignante de la classe et par le bais de ce témoignage je souhaite revenir sur l'un d'entre eux.

L'atelier graphisme : Les élèves de moyenne section âgés de 4/5 ans avaient pour consigne de représenter graphiquement en s'appuyant sur un modèle la lettre H, "la traditionnelle ligne de lettre sur fiche"

Une élève termine avant les autres et me montre son travail. Je lui demande alors de me dire ce qu'elle en pense
Elle me répond "le début est bien fait mais j'ai raté les deux dernières lettres". Je lui dis alors, "ce n'est pas grave tout n'est pas toujours réussi du premier coup dans un travail surtout quand on apprend à écrire."
Elle me répond: "s'il te plait Lise, gomme mes deux dernières lettres je veux les refaire, la maitresse gomme quand le travail est raté!!!!"

Quelle pression dès la maternelle !!!!

Anne, formatrice (et CPE dans l'âme!!)
Une petite anecdote survenue la semaine dernière à Florac que j'ai trouvé pleine de sens. Nous accueillions un groupe de délégués en formation dans le cadre d'une des actions que nous conduisons cette année. En fil rouge de la semaine, nous avons travaillé autour d'un projet mis en œuvre dans le lycée visant à instaurer la création de chartes de classe pour favoriser le vivre ensemble (suite à une proposition de quelques élèves l'an passé). La création des chartes à la rentrée, n'ayant pas fait suite à l'expression d'un besoin de leur part a été globalement vécue par les élèves comme imposée. Une partie de la formation a donc été consacrée à tenter d'interroger et de donner du sens à une telle démarche: réflexions et débats sur sa définition, sur les modalités de construction, sur les moyens de lui donner du sens et de la faire vivre... premières propositions.. tenez vous bien "le seul moyen de faire vivre les chartes sera de mettre une note relative au respect de son application ou sinon de sanctionner". Une chose est sûre, c'est que les élèves semblent très au clair sur la dimension régulatrice de l'évaluation..


Martine, enseignante de Lettres en collège pendant.. de longues années.
Quelques réflexions sur mon expérience en matière d'évaluation... un casse tête aux paramètres multiples!

La question de l’ « étalon » de départ : devant un paquet de copies, l’échelonnage des notes peut ne pas être le même selon que la première copie est bien notée ou au contraire mal notée.

La connaissance d’un élève, et ses problèmes de comportement, par exemple, peuvent fonctionner comme autant de préjugés défavorables. A contrario, un élève agréable et de bonne volonté se verra noté avec indulgence. Des parasites dans l’évaluation, qui relèvent du domaine de la vie scolaire, et non pas des compétences, et dont l’enseignant n’est le plus souvent pas conscient. J’ai vu plus grave mais heureusement de manière marginale : la consonance des noms (surtout en début d’année) déclenchant des stéréotypes de type raciste concernant les compétences…. Et donc impact sur l’évaluation. Lorsque celle-ci évolue favorablement au cours de l’année, l’enseignant s’en étonne… et redouble de compliments…

Le cas des devoirs communs : la situation est compliquée, notamment en français, matière non scientifique. Les élèves mécontents de leurs notations viennent s’en plaindre à leur prof habituel, qui peut se retrouver dans une situation délicate lorsqu’il convient en lui-même du bien-fondé de la plainte. Déjuger un collègue devant un élève n’est guère possible… Refuser d’écouter ? .. un risque de se décrédibiliser, de passer pour un faible, une impression désagréable d’injustice. En référer au correcteur est une bonne solution, à condition de présenter la chose comme un dialogue ouvert et de s’y plier lorsqu’on est soi-même mis en cause. Lorsque le correcteur se sent remis en cause dans ses compétences d’enseignant, la négociation peut tourner court. J’ai souvenir de quelques frictions, en fonction des affinités respectives, notoriétés, rivalités etc… Autant de paramètres psycho professionnels délicats à gérer. C’était déjà le cas pendant les réunions préparatoires sur le barème et ses négociations parfois tragico-comiques !...

Le cas des grilles de notations : devant la question de l’évaluation, et pour harmoniser les exigences au niveau de l’établissement, j’ai participé à des réunions de profs de lettres soucieux d’équité. Une grille de notation des rédactions en est issue : tant de points pour l’orthographe, tant pour le lexique, tant pour la syntaxe, tant pour la cohérence, tant pour le sujet et son intérêt… Or, la grille est devenu carcan, les évaluations insatisfaisantes, donnant de bonnes notes à des copies correctes et de médiocres à celles qui présentaient idées, originalité, émotion…. La grille et ses critères furent revus. En vain. Jusqu’à ce qu’on en revienne à un ressenti global et des appréciations sur des critères moins scindés les uns des autres. Un test que bon nombre de profs ont expérimenté : une même copie corrigée trois fois : trois notes le plus souvent différentes.

En français, où les compétences langagières participent de la capacité à raconter, réfléchir et émouvoir, la subjectivité de l’enseignant est à un moment ou à un autre sollicitée. Il est inévitable que sa sensibilité, sa culture, ou ses valeurs personnelles soient touchées, impactant, positivement ou négativement, l’évaluation. Rester à bonne distance demande réflexion, et au-delà de la capacité à transmettre et recevoir, requiert une connaissance de soi, pour faire la part des choses. En cas de fatigue ou de soucis personnels, ce n’est pas toujours possible.


Claire, devenue enseignante (mais pas de Maths!)
Au lycée notre professeure de Mathématiques, très stricte, nous rendait nos copies dans l'ordre décroissant, de la meilleure note à la plus mauvaise dans un cérémonial silencieux, où retentissait seulement un nom associé à une note. Nous étions une classe de 30 élèves et je faisais partie du dernier lot des distributions...l'émotion était toujours la même lorsque nous passions en dessous de la moyenne, pour arriver à un presque rien. Pour "garder la face" c’était devenu un jeu de sourires et de signes entre nous, les plus mauvais du jour, de nous féliciter d'être le tout dernier, le "vainqueur d'en bas" et de nous congratuler de ces résultats pendant le reste de la journée...en brandissant notre exécrable note comme un trophée.

Par ailleurs cette même enseignante accompagnait toujours les 2 ou 3/20 de mes copies d'une appréciation personnalisée et d'un "lever des yeux au ciel' exaspéré mais plutôt sympathique, je me souviens que ce signe de sympathie offert par cette stricte personnalité m'encourageait presque davantage qu'une note "un peu moins pire"...
Je n'ai jamais obtenu une seule fois la moyenne avec elle. Pourtant, Incroyable, c"est avec une note proche du 20, la même année, que j'ai réussi les épreuves de Mathématiques du baccalauréat. Je crois même que j'ai réussi mon bac grâce aux Maths...

Mme B. enseignante retraitée de l'éducation nationale
J'ai souvent été très étonnée d'entendre des collègues enseignants (mais pas que), se plaindre et blâmer les élèves ne travaillant que pour les notes.. j'en conviens, c'est une réalité... mais peut on réellement le leur reprocher?

Anita, ancienne élève:
J'avais une enseignante au collège qui quand elle nous rendait une mauvaise copie nous disait "Quand tu arriveras à Mende au lycée tu diras que tu viens de la Brousse, mais pas celle à coté de Florac, de la brousse en Afrique" c'était à la fois raciste et humiliant... Une mauvaise note signifiait aussi "Tout ce que tu pourras faire c'est concierge.." Il s'agissait d'un prof de math... je hais les maths...
Autre exemple d'un prof de maths fabuleux: nous étions en "A"(filière littéraire) et nous arrivons dans la salle à la suite des "C" (scientifiques). Au tableau le fameux triangle de Pascal et devant nos mines déconfites, il nous dit "Vous n'êtes pas plus bêtes qu'eux, regardez comme c'est simple en fait ...." et il passe un moment à nous expliquer ... là miracle... on finit par aimer les maths.. Merci à ce prof !!!!

Alain, ancien élève et père de famille
Lorsque j'étais élève en collège on nous parlait de contrôle (pour vérifier nos acquisitions), ma fille aujourd'hui en 4ème me parle d'évaluation (également pour vérifier les connaissances, les acquisitions). Si l'objectif reste le même on voit l'évolution du vocabulaire usuel.
Autre exemple : ma fille a eu 6/20 en maths, discipline où elle réussit plutôt bien habituellement. Sa stratégie sur les exercices donnés a été de faire le plus difficile en premier et de le réussir (peu d'élèves l'ont eu juste) mais il lui a manqué du temps pour les autres exercices qu'elle savait faire (elle nous l'a démontré à la maison). Elle trouve injuste d'être notée sur des exercices qu'elle n'a pas eu le temps de faire....Est-ce que le prof note des compétences/connaissances acquises ou le rendement de l'apprenant ? Ma fille me dit "j'ai un 6 sur une copie où tout est juste !!"

Fred, père de famille
Je connaît dans mon entourage des élèves de maternelle qui ont peur de rater l'école... pour ne pas être largué et avoir de mauvaises notes.