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Témoignage

A et S enseignent le français dans un LEGTPA à des classes de 2de GT, de STAV et de Bac Pro. Depuis quelque temps elles se sentent oppressées quand elles sont dans une salle de classe. Elles supportent de plus en plus difficilement de devoir demander le silence, de voir des élèves qui ne semblent pas concentrés et s’agitent sur leur chaise.

Elles décident alors d’envisager différemment l’espace de la classe, dans l’intention d’être au plus près des besoins de chaque élève et de pouvoir adapter l’espace à leurs besoins pédagogiques.

Partant de ces postulats, elles ont conçu une salle de classe :

1. Qui permet aux élèves :
• De trouver une position dans la classe qui leur permette de trouver du confort ;
• De trouver une position qui leur permette d’être plus concentré-e-s.

2. Qui permet à l’enseignant(e) :
• De favoriser les capacités d’apprentissage des élèves : qualité de l'écoute, capacité de concentration, capacité de coopération ;
• D’alterner différentes modalités pédagogiques lors d’une même séquence, grâce à un mobilier adaptable (tables et chaises à roulettes, plusieurs tableaux) : tables en autobus pour les apports théoriques – tables en îlots pour du travail en petit groupes – espace central complètement dégagé pour des exercices de théâtre ou de préparation aux épreuves orales – zone avec des fauteuils confortables pour travailler seul-e ou s’isoler au besoin, vélo-bureaux pour être actif-ve tout en restant focalisé-e sur le cours.

Très rapidement, les deux enseignantes ont pu constater de nombreux effets sur elles-mêmes et sur les groupes classe qu’elles accueillent dans cette salle :
• La sensation d’oppression ressentie dans les salles organisées de façon plus « conventionnelle » se dissipe et elles sentent qu’elles « accueillent » réellement les élèves, la salle prend une dimension presque personnelle qui développe un sentiment d’appropriation qui semble stimuler le soin apporté au lieu mais également aux élèves et à soi ;
• Elles font la même chose mais y trouvent davantage de facilité, ne sont plus bloquées par la question du bruit et du mouvement et disent trouver un plaisir nouveau à exercer ;
• Elles constatent que les élèves de Bac Professionnel qui ne manipulaient pas le seul dictionnaire présent dans la salle de chaire précédente le manipulent désormais volontiers. Il en faut même des exemplaires supplémentaires.
Les élèves, quant à eux, parlent :
• Du confort : « ça fait du bien de ne pas avoir mal au dos quand on est en classe »
• De la mobilité du matériel comme aidant à ne plus « s’ennuyer en cours »
• Du fait qu’il est très agréable de pouvoir choisir si on veut être seul-e ou en groupe ou sur un vélo-bureau, qui « donne de l’énergie » ou encore « permet de se défouler »

A l’issue d’une première année expérience, les deux enseignantes ne souhaitent pas revenir en arrière et encouragent leurs collègues à venir dans cette salle et à en développer d’autres dans l’établissement.


Capsule prioritaire

L’organisation de la salle de classe a peu, voire pas évolué dans le temps (depuis « l’enseignement simultané » de Jean-Baptiste de la Salle, en 1680) : on y voit des tables en rangs, en lignes, en colonnes, positionnées face à un grand tableau devant ou à côté duquel se trouve le bureau de l’enseignant-e, parfois encore en hauteur sur une estrade pour permettre à chaque élève de le-la voir. Cette organisation de la salle de classe dite « en autobus » traduit une intention pédagogique : l’enseignant-e est placé-e au cœur d’un transfert des connaissances qui implique de mettre l’apprenant-e dans une position passive de réception. Il-elle est assis-e, immobile et silencieu-x-se.

L’exemple présenté ici illustre le concept de la « classe flexible », né aux Etats-Unis dans les années 1970. L’idée est de penser l’organisation de la salle de classe dans un objectif d’optimisation des apprentissages. De par un mobilier ergonomique, et modulable, l’enseignant-e vise à faciliter la concentration, la compréhension et l’intégration des connaissances. L’ergonomie de la salle de classe va de pair avec une intention pédagogique visant à rendre l’apprenant-e actif-ve et autonome dans ses apprentissages.
Le mobilier doit permettre soit de stimuler la pensée, la créativité (on parle d’assises « actives » ou « dynamique » par exemple pour des salles flexibles proposant aux élèves de s’asseoir sur de gros ballons), de canaliser l’énergie (avec des vélo-bureaux par exemple) ou encore de permettre à l’élève de se concentrer (dans un coin un peu plus isolé, ou dans un fauteuil plus confortable et/ou plus « contenant » pour le corps), on parle alors d’assise « calmante ».

L’intention pédagogique, ici, positionne l’apprenant-e au cœur du parcours d’apprentissage.
En effet, la classe flexible poursuit trois objectifs transversaux :
• Développer l’autonomie ;
• Développer la prise d’initiative ;
• Rendre l’apprenant-e actif-ve dans son parcours scolaire.

Des chercheurs en Sciences de l’éducation (Vincent Faillet, Yann Vibert), ou encore en Géographie (Pascal Clerc) s’intéressent à l’impact de l’aménagement des espaces scolaires sur le développement des apprenant-e-s : développement cognitif, certes, mais développement affectif et social également. Favoriser le développement des compétences psychosociales des apprenant-e-s, c’est les préparer au mieux aux défis qui les attendent tout au long de leur vie.

Opter pour ce type d’organisation de la salle de classe présuppose une posture différente de l’enseignant : de seul dépositaire du savoir, il devient « accompagnateur », « relai » dans la recherche des connaissances, leur compréhension et leur mise en perspective plus globale (lien avec les autres disciplines, le geste professionnel, etc.). Une telle disposition de l’espace permet donc le mouvement, l’échange, la coopération et il est possible d’y développer une « pédagogie mutuelle » (Vincent Faillet, 2021), c’est-à-dire mettre les apprenant-e-s en situation de s’expliquer le cours par petits groupes.

FAQ

Je suis intéressé-e par ce type de salle de classe, comment puis-je trouver un financement ?

L’équipement d’une salle de classe dite « flexible » peut être pris en charge par le budget d’établissement et/ou dans le cadre des campagnes de financement par les instances régionales, propriétaires des locaux. Dans tous les cas, la demande devra s’intégrer dans un projet pédagogique qui pourra justifier de la nécessité de cette forme d’investissement. De la même façon, il s’agira de bien veiller à ce que le matériel acheté soit conforme aux règles d’hygiène et de sécurité.
Il est probable que ce type de mobilier puisse générer de l’inquiétude par rapport à des temps et modalités d’entretien qui pourraient paraître plus lourds. De ce fait, il est possible de veiller à ce que le nettoyage des surfaces reste simple (éviter les tissus par exemple).


Cette modalité d’installation de salle de classe ne génère-t-elle pas trop de bruit ?

Organiser une salle flexible autorise de fait une circulation plus libre des élèves et permet naturellement des échanges entre eux, notamment lorsqu’elles-ils sont en petits groupes. Il est important de s’interroger sur l’intérêt pédagogique qui a abouti à cette organisation de l’espace. C’est bien l’intention pédagogique de l’enseignant-e qui légitime une telle organisation. Il est donc probable que le niveau sonore global dans la salle soit en adéquation avec cette intention
pédagogique. Ce qui, finalement, ne diffère pas d’autres organisations spatiales (en mode « U » ou en ilots par exemple).


Quelles sont les conditions matérielles pour qu’une salle de classe puisse être dite « flexible » ?

Tous les sens sont mis en éveil (musique, plante, mobilier varié et coloré…).
Des places assises flexibles : chaque classe doit proposer au minimum trois manières de s’installer pour travailler différemment. Cela peut passer par la présence de tabourets, de coussins, de tapis, de chaises roulantes, de fauteuils.
L’espace de travail de l’enseignant est intégré dans l’espace de la classe.
Les tables elles-mêmes sont flexibles et adaptées aux types d’assises :
o tables basses : coussins
o tables moyennes : chaises standards – à roulettes – ballons…
o tables hautes : chaises hautes ou travail debout
o vélos bureaux
La mise en îlots des bureaux a pour but de favoriser l’interaction entre les apprenants. Nous nous situons donc principalement dans une logique de pédagogie collaborative, coopérative ou différenciée.
Ce lieu est aménagé de telle manière que l’élève qui souhaite s’isoler peut le faire d’une manière ou d’une autre. A cette fin, il suffit de prévoir un moyen pour que l’élève puisse s’isoler: un casque anti-bruit, un coin en retrait, un paravent.

Ressources

Vincent Faillet Remodeler sa salle de classe et sa pédagogie - Des idées pour faire évoluer la forme scolaire
« Classe renversée » de Jean-Charles Cailliez sur affranchissement de l’espace
Cédric Ait - Ali (fac du Mirail)

Vélo-bureau : « Une révolution dans l'art d'enseigner » - Éducation en Guadeloupe (orsag.fr)

Doc-classe-flexible.pdf (ac-toulouse.fr)

Top 10 - des assises dynamiques en classe flexible | Aménagement des espaces éducatifs – Classe de demain (classe-de-demain.fr)

Pascal Clerc #1 - Enseigner et apprendre dans des espaces d'apprentissage - YouTube?