Des filières valorisées, d'autres dépréciées : changer les représentations dans l'établissement


Situation

Les établissements scolaires de l'enseignement agricole présentent en général plusieurs filières. Si certaines sont valorisées car attractives, contribuant à valoriser l'établissement, à attirer les élèves, d'autres, en creux, sont peu reconnues voire péjorées : certaines sont réputées n'attirer que des élèves en difficulté scolaire, et aux comportements parfois difficiles. Elles font alors l'objet de moqueries de la part des élèves des autres filières, moqueries malheureusement bien entendues par les élèves ciblés, qui ne font que détériorer leur image d'eux même. "Nous, on est la filière des nuls, les cas sociaux, même certains profs nous le disent : on est la voie de garage. " (paroles d'élèves de CAPA, Certificat d'Aptitude Professionnelle Agricole). Alors que certains enseignants s'y impliquent volontiers avec le souci d'aider des élèves à reprendre goût aux apprentissages, d'autres les fuient, voire les dénigrent. Les représentations portées sur les filières clivent autant les élèves que les équipes enseignantes.
"Les profs du BTS GPN (Brevet de Technicien Supérieur Gestion et Protection de la Nature), alors eux, ils se la pètent. C'est le fleuron de l'établissement, nous avec nos SAPAT, (Service Aux Personne et Au Territoire) on est les roturiers" (paroles d'enseignants).

Remédiations envisageables

Que des filières, des classes soient dévalorisées par rapport à d'autres, au travers des critiques, des moqueries et des stéréotypes dont elles font l'objet, que d'autres soient valorisées car plus emblématiques, plus attractives, est chose courante dans un établissement d'enseignement. Faut-il pour autant le banaliser, ou être fataliste ? Mettre en lumière la manière dont les usagers le vivent, notamment par le biais des enquêtes "climat scolaire", est un premier pas pour mieux en saisir les effets. Tenter d'y remédier est d'une grande valeur éducative, mais c'est un ouvrage qui est à remettre en permanence sur le métier. Et pour cause. Les métiers auxquels les filières "les moins nobles" se réfèrent sont eux-mêmes peu reconnus dans la société, le niveau intellectuel requis est péjoré. Ils sont le reflet d'un échec en regard d'une certaine vision de la réussite professionnelle, regard dont parents et acteurs de l'éducation ont parfois du mal à se départir. En termes de pilotage, trois stratégies complémentaires sont envisageables : celle de faire des élèves en difficulté un public privilégié de l'établissement, l'enseignement agricole pouvant se targuer d'une capacité à ancrocher les élèves par le biais de formations qui ont une visée aussi bien professionnalisante que socialisante, celle de travailler l'identité de l'établissement autour d'enjeux transversaux décloisonnant les filières, et enfin celle de promouvoir des filières vécues comme peu nobles. A ce titre, le ministère en charge de l’Agriculture, conscient que les filières professionnelles portées par l’enseignement agricole sont elles-mêmes dépréciées au regard de celles dont l’Éducation Nationale veut valoriser les métiers du vivant. Plusieurs actions sont prévues telles que le renforcement de la découverte des métiers relevant de l'enseignement agricole, des échanges de connaissances, d'expériences entre éco-délégués des deux systèmes, le partage du label E3D, label décerné aux établissements engagés dans une démarche globale d'éducation au développement durable, ou encore la participation des établissements de l'enseignement agricole aux campus des métiers et des qualifications. Ces campus ont pour finalité de créer des indicateurs de parcours de formation favorisant l’insertion sociale et professionnelle des jeunes et la formation des adultes, et offrent l'opportunité de valoriser une formation.
Toutes ces actions sont autant de prétextes et de leviers dans le pilotage d'un établissement, pour faire reconnaitre une filière, donner une image positive de l’enseignement agricole, ou encore décloisonner, en faisant travailler différentes classes ou filières sur un même enjeu, le développement durable, le bien-être animal, ou le commerce équitable... tout en les inscrivant dans le projet de l'établissement. Elles participent du développement d'une culture de l'orientation, aussi bien chez les élèves, les équipes éducatives que des parents, et peuvent conduire à requestionner les ambitions que nous portons pour les jeunes et ce qu'est réussir.

A l'échelle de la classe ou de la filière, les équipes éducatives ont plusieurs leviers dont elles peuvent se saisir, si elles même choisissent de ne pas prendre une posture élitiste. Il pourra s'agir de demander aux élèves de découvrir et faire connaitre le métier auquel ils se destinent, et à ce titre, plusieurs projets nationaux peuvent être mobilisés tels que "je filme le métier qui me plait", ou "ma caméra chez les pros" ou encore de s"inscrire dans le plan national de communication "les entrepreneurs du vivant". Il pourra aussi s'agir de réaliser des projets originaux avec les filières dénigrées et les promouvoir au sein de l’établissement et témoigner ainsi des compétences mobilisées par les élèves ou encore de leur faire réaliser un projet qui profitera à d'autres classes, tel qu'aménager des espaces de détente. D'autres équipes éducatives choisiront de faire travailler différentes classes sur un même projet, ou encore d'impliquer les professionnels dans la pédagogie. Autant de leviers pour permettre à des élèves de trouver du sens à leur formation, de se sentir reconnus, et peut-être de restaurer une estime d'eux-mêmes.


Ressources

Entrepreneurs du vivant est un site du Ministère de l'Agriculture permettant à l'usager d'identifier les métiers et les formations dépendantes du Ministère de l'Agriculture susceptibles de lui correspondre.

la feuille de route entre éducation nationale et enseignement agricole sur la valorisation des métiers du vivant précise la stratégie menée par les Ministères pour mieux faire connaitre les formations relevant du Ministère en charge de l'Agriculture.

Les campus des métiers et des qualifications. regroupent des établissements d'enseignement secondaire et d'enseignement supérieur, de formation initiale ou continue. Ils sont construits autour d'un secteur d'activité d'excellence correspondant à un enjeu économique national ou régional soutenu par la collectivité et les entreprises.

Le dispositif label école équitable st une campagne de mobilisation à destination des établissements scolaires engagés dans le commerce équitable.
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Je filme le métier qui me plait est un concours donnant l'occasion aux jeunes d'enquêter sur un métier, de chasser les idées reçues et de réaliser un reportage vidéo qui fera l'objet d'une sélection officielle
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le dossier de presse donne notamment des chiffres clés sur l'insertion professionnelle des diplômés dans l'enseignement agricole.
L'actualité des statistiques de l'enseignement agricole et notamment de l'insertion scolaire et professionnelle, diplôme par diplôme.


Bibliographie

Fournier, E.& Fournier A. je filme le métier qui me plait : un déclic pour l'orientation. Les éditions du net

Foire aux questions

Dans mon établissement, les équipes pédagogiques de chaque filière ne se côtoient pas. Comment les empêcher d'avoir un regard condescendant les uns sur les autres ?

Il est fonctionnel d'avoir des enseignants investis dans une même filière, une même classe. Non seulement certains d'entre eux de par la discipline qu'il porte ne pourrait enseigner ailleurs et d'autre part ils peuvent plus facilement investir du temps pour assurer une veille sur les métiers, pour travailler avec les professionnels, ... Il est bon cependant d'associer dans une équipe "filière" des personnes qui y sont purement dédiées et d'autres qui travaillent sur plusieurs filières. Et ce ne sont pas nécessairement les premiers qui doivent endosser le rôle de professeur principal. Il est par ailleurs important que les projets portés par les établissements ne soient pas uniquement dédiés à des filières spécifiques, mais de promouvoir aussi des projets "inter-filières" qui conduisent les équipes à travailler ensemble, et à mieux comprendre la logiques des uns et des autres.

Certaines classes n'attirent que des élèves en grande difficulté scolaire. Il est utopique de vouloir redorer leur image. Comment éviter alors les stéréotypes à leur égard ?

Il est alors possible comme l'ont fait certains établissements de faire de la difficulté scolaire un levier pour créer des classes expérimentales qui présenteront des pédagogies originales. Elles peuvent alors devenir l'image de marque d'un établissement qui est en capacité d'"ancrocher" des élèves qui ont perdu tout gout aux apprentissages.

Certaines filières ne sont le reflet que de métiers peu valorisant pour l'humain. Chercher à les valoriser, n'est-ce pas tenter de faire cache-misère ?

C'est important de le prendre en compte et de ne pas rentrer dans une forme de démagogie. C'est pourquoi d'ailleurs les auteurs des projets "ma caméra chez les pros", et "je filme le métier qui me plait" invitent à aller observer une diversité de manière de réaliser un même métier, en espérant que cette diversité laisse à voir des possibles plus enchanteurs que d'autres.
 tionale