De la précarité au phénomène d'exclusion


Témoignage : Situation « économique » de la famille, pauvreté.
Lucas est arrivé en 2nde au lycée. C’est un élève motivé par la filière choisie, qui s’intègre au groupe classe, et dont ni le comportement, ni les résultats scolaires ne posent question. Il est ½ pensionnaire.
A partir du 2ème trimestre de la classe de 1ère, Lucas est de moins en moins présent en cours, ses résultats scolaires sont juste corrects et ses camarades de classe commencent à s’éloigner de lui, voire même ne plus vouloir le fréquenter. Le Professeur Principal (PP) et la Conseillèr(e)Principal(e) d’Éducation (CPE) reçoivent Lucas en entretien qui affirme que tout va bien. Lors de cet entretien, ils notent que Lucas sent fort, et que ses habits ne paraissent pas très nets. Ils demandent à Lucas de faire des efforts par rapport à son absentéisme et ses résultats scolaires. Or, au moment du conseil de classe du 2ème trimestre, le constat est unanime : manque de travail, de concentration, exclusion du groupe classe et surtout un absentéisme trop important. Le PP et le CPE proposent à l’équipe de s’entretenir avec la famille.
Lors de cet entretien, Lucas s’engage par écrit à faire des efforts devant sa maman. C’est effectivement le cas, et l’année scolaire se termine.
A la rentrée suivante, dès les premières semaines, Lucas est absent régulièrement (au moins 1 jour sur 2). Les différents entretiens ne mènent à rien. Une commission éducative est réunie afin de s’emparer en équipe du problème en présence de Lucas et de sa famille (il est en effet primordial d’associer la famille et de ne pas penser à leur place). Le CPE, grâce aux délégués de classe, arrive néanmoins à comprendre que la situation financière de la maman de Lucas et de son beau-père est désastreuse, qu’ils vivent dans un mobil home sans eau, ni électricité, que ses camarades ne supportent plus son odeur, et que c’est pour cette raison que Lucas ne vient presque plus, préférant traîner dans un café pour jouer à des jeux vidéo.
La commission éducative prend donc la décision de proposer à la famille une intégration de Lucas à l’internat (pour mettre fin à son absentéisme et permettre une (re)socialisation de ce dernier). Un dossier de bourse est monté en urgence pour faire face au coût de l’internat, corrélé à une demande de FSL (Fonds social lycéen) pour compléter le dispositif ainsi qu’une mise en relation avec les services sociaux pour aider la famille à trouver des solutions pérennes. Cet accompagnement avec la famille a permis de créer du lien famille-école, mais surtout d’aider à obtenir les aides financières auxquelles cette famille avait droit, ainsi que la mise en place d’un suivi avec les services sociaux qui ont pu accompagner à plus long terme la maman dans sa parentalité.
Lucas a intégré la semaine suivante l’internat. Les camarades l’ont accueilli, aucune directive n’avait été donnée par l’équipe éducative. Les jeunes se sont emparés « naturellement » de la relation avec leur camarade, puisqu’il n’y avait plus d’obstacle (problème d’hygiène résolu).


Capsule prioritaire :
Ces situations complexes de précarité sont très "délicates" à traiter car elles font se rencontrer la sphère intime, la famille et l'institution. Dès lors, si le problème rencontré dans l'établissement est en relation avec l'élève, pour autant, il peut être le déclencheur d'une problème plus global dans la vie du jeune. C'est pourquoi, il convient de se poser les bonnes questions avant d'entamer quelques procédures ou entretiens:
1. Si absentéisme/Décrochage chercher les causes de ce décrochage, qu’est-ce qui motive l’absentéisme ? Quels sont les leviers et les freins avec ce jeune et sa famille. Travailler en parallèle avec l’équipe enseignante, CPE et l’élève, la famille (si possible). Recouper les informations et mettre en place des outils de remédiation avec le jeune.
2. Si exclusion du jeune ou des autres envers le jeune, analyser le phénomène d’exclusion : Pourquoi ? Les causes et les conséquences. Quand ? Éléments déclencheurs. Comment ? Utiliser ensuite les dispositifs d’aide/accompagnement/rôle de l’école : Voir les ressources ci-après.
3. Si vous percevez un sentiment de honte/saleté ou un problème relatif à la dignité, il est impératif d'accompagner, de mettre en place des solutions concrètes (dans notre situation, l’internat) mais ce peut être d’autres, multiples et variées. Ne pas fermer les yeux, mais au contraire affronter le problème avec le jeune (la famille si possible), ne pas le laisser s’exclure. Et si le problème ou la précarité sont trop installés, ne pas hésiter à établir une "Information Préoccupante" auprès du Conseil départemental de son secteur. Cela permet de passer le relais pour aider la famille à trouver des solutions.
4. Ne pas hésiter à travailler avec l'élève la ré-inclusion dans le groupe, qui même si elle est effective peut être difficile pour l'élève qui a été exclu et qui peut continuer à se sentir en difficulté dans le groupe de pairs. Pour cela, favoriser l'estime de soi par tous les biais possible en interne ou avec l'aide de partenaires extérieurs.

Lien avec d'autres fiches
fiche information préoccupante et signalement

FAQ:
Comment aborder le sujet quand la demande ne vient pas de l'élève?
Il est particulièrement difficile pour les élèves, dans des situations de précarité, de demander de l'aide. Pour autant, c'est le rôle de l'institution de favoriser le bien être et le bien vivre des apprenants. Il ne faut pas hésiter à aborder le problème avec l'enfant et surtout ne rien cacher des démarches que vous souhaitez mettre en place en travaillant avec les parents ou tuteurs afin de rendre tout le monde acteur de l'accompagnement.
Si parents ou tuteurs inexistants, que faire?, quelle est la marge de manœuvre?
Ne pas hésiter à se rapprocher des services sociaux du secteur, de la mairie du lieu de résidence, et avoir recours à une information préoccupante, ne pas oublier notre obligation de signalement pour toute situation considérée comme dangereuse pour l'enfant.
Comment faire en sorte de valoriser des parents défaillants?
Toujours les associer, les informer, ne rien leur cacher sauf si on soupçonne des violences parentales, dans ce cas, ne pas hésiter à faire un signalement (cf fiche information préoccupante et signalement). Les déculpabiliser sans pour autant renoncer à faire ce qui vous paraît important pour améliorer la qualité de vie de l'enfant.
Comment aborder les problèmes d'hygiène?
Ne pas hésiter à poser des questions sur les conditions de vie, sans jugement de valeur, pour adapter la prise en charge.

Ressources :
https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2021-659 Bourses
https://info.agriculture.gouv.fr/gedei/site/bo-agri/instruction-2021-583 Bourses au mérite
file:///C:/Users/hbusson/AppData/Local/Temp/2017-763_final.pdf Le Fonds social Lycéen
https://chlorofil.fr/systeme-educatif-agricole/structuration/fonctionnement/bourses
https://inspire-orientation.org/ orientation post bac : aides pour l’étudiant
Le CCAS pour accompagner la famille
https://www.aide-sociale.fr/contacter-assistante-sociale/ Le rôle de l’Assistant Social (du secteur d’habitation de la famille)
https://www.collectivites-locales.gouv.fr/institutions/maire Les missions du Maire pour accompagner la famille