Les points de vue des éleveurs


Dockes et Kling-Eveillard [1] ont observé 4 profils d’éleveurs en fonction de leur relation avec l’animal (voir figure n°1) :

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attitudes des éleveurs à l'égard du bien-être animal
« l’éleveur pour l’animal » qui ne voit que des aspects positifs à son métier et développe une relation affective avec ses animaux,
« l’éleveur avec l’animal » qui reconnaît des aspects positifs à son métier mais aussi des contraintes, qui admet l’intérêt de bien communiquer avec ses animaux et de les surveiller mais ne développe pas de relation affective avec eux,
« l’éleveur malgré l’animal » qui cherche à limiter la communication avec ses animaux et peut même craindre le contact avec eux,
« l’éleveur pour la technique » qui ne considère pas que la relation avec l’animal est essentielle dans son métier mais qui considère tout de même la surveillance du troupeau comme partie intégrante de la technicité du métier.

Les représentations, les comportements et la relation homme-animal peuvent différer notablement et influencer le bien-être des animaux. Des travaux expérimentaux ont démontré un lien notable entre les attitudes et comportements des éleveurs et le bien-être des animaux. Ainsi, les éleveurs qui considèrent que les porcs sont intelligents auront un comportement plus doux à l'égard de leurs animaux, ceux-ci auront moins peur de l’homme, seront donc moins stressés et présenteront de meilleures performances de croissance. Le bien-être interroge l’éleveur sur son métier et sur ses représentations des animaux. En fonction de celles-ci, il accorde plus ou moins de légitimité aux attentes sociétales vis-à-vis du bien-être.
Quels soient le type d’éleveurs et leurs représentations, on peut s’interroger sur les possibles effets de l’évolution de la technicité de l’élevage sur la relation homme-animal. Face à la mécanisation de certaines tâches (paillage, nettoyage, alimentation), on peut ainsi se demander si les occasions de contact et d’observation des animaux par l’homme ne s'en voient pas réduites. Le contact peut ne plus être aussi fréquent, voire limité aux interventions, dont certaines sont stressantes ou douloureuses pour les animaux. Les animaux peuvent alors associer l’éleveur à ces contacts négatifs et ressentir du stress et de la peur en sa présence. A contrario, cette mécanisation entraîne un allègement des tâches deC’est lui le levier majeur pour que l’animal accède aux 5 libertés qui définissent le bien-être. l’éleveur et peut lui permettre de passer plus de temps à observer ses animaux ou le rendre moins stressé et plus calme avec eux. Un débat identique existe autour des systèmes de contention. Ceux-ci peuvent être vus comme un outil de contrainte de l’animal qui l’éloigne de l’homme (contact moins direct). Mais les équipements de contention peuvent améliorer la relation avec l’homme car ils contribuent à limiter le stress induit par la manipulation, comme le montrent les travaux de Grandin aux Etats-Unis.
L’augmentation de la taille des troupeaux et la complexification de la structure des élevages font également débat car elles peuvent entraîner une modification du temps de contact entre l’éleveur et ses animaux. Lorsque le temps de visite et d’observation des animaux est réduit, les contacts quotidiens diminuent, et les animaux risquent d’être moins habitués à la présence de l’homme et plus réactifs lors des interventions. Cependant, lorsque la gestion des grands troupeaux est associée à une conduite rationalisée par lots, avec une surveillance et un soin accru des animaux pour prévenir l’apparition de problèmes sanitaires et éviter leur propagation au sein du troupeau, il y a alors des contacts quotidiens renforcés et une amélioration possible de la relation homme-animal.
Le recours au salariat, qui est une tendance marquée dans les élevages à gros effectifs ou dans certains types de production, pose également la question de la relation entre le salarié et les animaux. L’intervention de personnes extérieures à l’élevage peut ainsi modifier la perception de l’homme par les animaux, la dégrader ou l’améliorer selon les cas. Si les intervenants de l’élevage sont trop nombreux ou changent trop souvent, l’animal pourra avoir du mal à s’habituer à la nouveauté, être stressé à l’arrivée de l’homme et plus réactif lors des manipulations. Mais la répartition des tâches dans une équipe peut aussi conduire à des interventions mieux gérées par des intervenants spécialisés (par exemple le même éleveur d’une GAEC réalise la traite, tandis qu’un autre effectue toujours le soin préventif des onglons) ou à une organisation du travail avec un salarié régulier auquel les animaux peuvent s’habituer.
Ainsi, quel que soit le mode de production et ses caractéristiques et malgré les questions posées et leurs réponses divergentes, l’éleveur reste le levier principal de la relation avec l’animal, à travers ses représentations et ses comportements à l'égard des animaux.